Suppressions de postes et équité scolaire

M. Daniel Percheron est intervenu lors du débat sur le budget de la mission « Enseignement scolaire », le mercredi 3 décembre, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances 2009. Il a interpellé M. Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, sur l’incohérence de la politique gouvernementale dans le domaine éducatif, notamment les suppressions massives de postes d’enseignant.

 

M. Daniel Percheron  – Notre pays dispose d’un des systèmes de formation les plus performants au monde, chacun sait mon engagement régional pour le perfectionner. Aussi, monsieur le ministre, je ne comprends pas pourquoi vous en supprimez des postes par milliers : chaque suppression de poste est une blessure pour l’école de Jules Ferry ! Le libéral M. Barroso ne manque pas une occasion, depuis 2000, de rappeler que l’avenir de l’Europe passe par l’intelligence : c’est la stratégie de Lisbonne. Mais pendant la présidence française de l’Union, vous supprimez toujours plus de postes d’enseignants : où est la cohérence ? Vous allez jusqu’à dire que la diminution du nombre d’enseignants est une chance pour le face-à-face entre l’enseignant et l’élève ! Vous reconnaissez, à Davos, que les pays les plus avancés, comme la Suède, la Finlande et le Danemark, sont ceux qui investissent le plus pour leur école et la protection sociale, mais vous diminuez ceux de notre école : quelle logique suivez-vous ?

Nous aimerions aussi savoir ce que vous faites du principe d’équité entre les territoires. Chacun sait l’importance de l’État et des services publics pour les territoires qui subissent la désindustrialisation. Or, dans certains territoires en pleine reconversion industrielle du Nord-Pas-de-Calais, l’indice de présence des services publics est inférieur du quart à la moyenne nationale ; tel grand lycée d’enseignement général va même perdre jusqu’à 10 % de ses effectifs enseignants : où est l’équité ?

Enfin, quelle place faites-vous au dialogue entre l’État et les collectivités territoriales, sur cette compétence partagée qu’est la mission d’éducation ? L’État est certes chargé de la transmission des savoirs, mais les régions, par exemple, construisent, équipent et entretiennent les lycées ! Nous faisons de notre mieux, et le recteur, devenu bûcheron, abat des emplois par milliers ! Quel est le sens, pour les collectivités territoriales, de faire des investissements que l’État rendra aussitôt inutiles ? Les territoires demandent du dialogue ! (Applaudissements à gauche)

M. Xavier Darcos, ministre  – Ne faites pas de paralogisme. Je n’ai pas dit que moins d’enseignants, ce serait mieux pour l’école, mais que le maintien d’enseignants sans nécessité, ne rendrait pas l’école meilleure… La Suède et le Danemark sont très avancés, mais ils ont bouleversé leurs méthodes d’enseignement et je ne suis pas sûr que vous seriez d’accord pour de tels bouleversements en France ! Ni avec le modèle britannique, où les enseignants viennent chaque jour du matin au soir ! Nous avons choisi un autre système alors, de grâce, comparons ce qui est comparable ! Ce que nous proposons, c’est de perfectionner notre système, en l’organisant mieux. Je n’ai donc pas dit qu’il fallait dépenser moins pour qu’il aille mieux, car je ne le pense pas ; (on en doute à gauche) ce que j’ai dit, c’est que dans le contexte de diminution de l’emploi public, il fallait mieux organiser le face-à-face de l’élève et de l’enseignant. En tout état de cause, la stratégie de Lisbonne reste d’actualité !

Enfin, je connais bien l’académie du Nord-Pas-de-Calais : les effectifs enseignants diminuent là où ceux des élèves diminuent plus encore, nous nous adaptons à la démographie scolaire !

Alors, non, je ne suis pas Jules Ferry, et je le reconnais très volontiers ; mais là où le service public est un besoin, nous l’assurons ! Nous créons 500 emplois publics pour le premier degré : qui dit mieux ? Nous fermons des postes là où il y a moins d’élèves, nous en ouvrons là où il y a des besoins ; ce n’est pas en augmentant systématiquement leur nombre, aveuglément, qu’on améliorera la qualité de l’école !

M. Daniel Percheron  – Nous sommes au cœur du sujet ! Il ne suffit pas de régionaliser l’éducation pour régler ses problèmes. Dans ma région, près de 8 000 élèves décrochent chaque année dès le secondaire, la réussite au bac est encore inférieure à la moyenne nationale et l’écrasante majorité des enfants d’ouvriers rejoint comme mécaniquement l’enseignement professionnel. C’est bien pourquoi la présence d’enseignants de grande qualité est une chance pour l’avenir. Dans les arrondissements où la démographie scolaire recule, le revenu moyen par habitant est de 10 000 euros, contre 73 000 euros dans les Hauts-de-Seine ! On peut attendre de la République qu’elle compare les territoires et qu’elle adapte ses politiques ! A la rentrée prochaine, les postes seront supprimés par centaines, des filières seront abandonnées : nous ne l’acceptons pas ! (Applaudissements à gauche)

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