Faire et défaire, c’est toujours un travail

Une drôle de pièce, un vaudeville, s’est récemment jouée au Sénat. L’acte premier s’y tient en commission des finances. Ses membres examinaient le budget de la nation pour 2010 ; ils constatèrent que la baisse du taux de la Taxe à la Valeur Ajoutée accordée aux restaurateurs en juin dernier n’avait pas été suivie de contreparties de la part de ces derniers, que ce soit sur les prix, sur l’emploi, sur l’investissement, ou en accordant une revalorisation salariale à leurs employés. Considérant que le contrat moral qui liait la nation à une corporation n’était pas respecté, les représentants du peuple siégeant dans cet aréopage budgétaire, hommes et femmes raisonnables, ont donc décidé unanimement de revenir au taux d’imposition normal.

Le lendemain, l’acte II se tenait en séance, Mme Lagarde se faisait du souci. En effet, l’Union pour un Mouvement Populaire, dont elle est une digne représentante, avait écrit aux restaurateurs après la mise en place du nouveau taux de TVA pour leur annoncer cette bonne nouvelle. « Engagement tenu ! », titrait cette missive. Au dos de la missive, d’ailleurs, se trouvait un formulaire permettant nos restaurateurs d’adhérer à ce formidable parti qui avait rendu tout cela possible. Que penseraient donc les citoyens qui avaient fait l’amitié à leurs bienfaiteurs d’adhérer au mouvement si on leur reprenait ce qu’on leur avait accordé six mois après seulement ?

Quelle fut alors la conduite des sénateurs membres de la majorité présidentielle qui avaient voté le retour au taux d’imposition normal ? Ils n’étaient évidemment pas très contents de s’être fait rouler, et c’est pourquoi ils avaient voté cette disposition. D’un autre côté, ils devaient fidélité et obéissance à leur famille politique. Le dénouement fut rapide puisque le sénateur à l’origine de cette disposition retira son amendement, tout simplement. Les sénateurs de la droite et du centre rentrèrent dans le rang comme un seul homme et sans discussion.

S’il s’était agit d’une fable de Lafontaine, « faire et défaire, c’est toujours un travail » aurait pu en être la morale. Il ne s’agit malheureusement que de la mauvaise pièce de boulevard que devient la vie politique quand elle est soumise aux intérêts clientélistes d’un pouvoir désinvolte.

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