Suppression de l’histoire-géographie en Terminale Scientifique : la mystification des Humanités

Depuis quelques années, lors de l’examen du budget, je me pose immanquablement la question suivante : que vont-ils trouver pour affaiblir l’école cette fois-ci ?

Il y a évidemment cette règle absurde et inique du non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux qui fait des dégâts incommensurables : 40 000 suppressions de postes en trois ans. Ce seul chiffre suffit à montrer à quel point le gouvernement a mutilé l’Education nationale.

Mais il y aussi ces mesures qui passent plus ou moins discrètement au fil de la loi de finances ou d’autres textes et sur lesquelles il n’est pas inutile de revenir.

L’année précédente avait été marquée par la valse-hésitation gouvernementale sur le service minimum d’accueil puis par la suppression inacceptable des réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (les RASED étaient des professeurs détachés qui apportaient un soutien spécifique aux élèves « décrocheurs » et évitaient les pires situations d’échec solaires ; ils sont désormais réintégrés au corps enseignant).

Cette année aura été celle de la suppression massive des postes d’auxiliaires de vie scolaire. Il s’agit des « pions », souvent des étudiants qui trouvent là un job leur permettant  la fois de financer leurs études et de se rendre utiles à la collectivité. Ces personnels dévoués ne sont pas remplacés et les collèges et lycées ses retrouvent sans « petites mains » pour les aider à assurer l’encadrement des élèves en dehors des heures de cours mais aussi l’accueil des élèves handicapés par exemple.

J’en viens à présent à la dernière annonce du gouvernement : le remplacement des enseignements d’histoire-géographie de tronc commun en Terminale scientifique par un enseignement optionnel. Les lycéens de terminale S se retrouveraient donc avec deux heures d’enseignement thématique par semaine, en option. Ayant moi-même été « prof d’histoire-géo » pendant vingt ans, je mesure la bêtise d’une telle réforme. Au prétexte que la filière littéraire est sous-utilisée et sous-valorisée, on voudrait réduire les humanités en filière scientifique à un « enseignement croupion ».

Les membres du gouvernement ne savent-ils donc pas que l’étude des humanités ne nuit pas à l’esprit scientifique, mais bien au contraire, qu’elle l’aiguise ? Pour un véritable et nécessaire « rééquilibrage » entre les filières, il eut été plus utile de renforcer la filière littéraire plutôt que d’affaiblir la filière scientifique pour que les disparités soient moins flagrantes.

Des études sociologiques auprès d’étudiants en médecine ont démontré que les aspirants médecins qui suivaient des enseignements en littérature étaient devenus des meilleurs praticiens que leurs collègues parce qu’ils avaient développé un plus grand sens de l’empathie. La suppression de l’histoire géographie, inspirée par une volonté de spécialisation est en réalité « une décision inspirée par un utilitarisme à courte vue », comme l’a dénoncé avec justesse le collectif d’historiens pour la préservation de l’histoire-géo en terminale S qui s’est constitué et auquel j’apporte tout mon soutien.

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