Une inspiration pour tous les progressistes

Il est parfois des conjonctions d’évènements qui incitent tant à la comparaison que, même si elle peut apparaître déplacée, on se peut y résister. Ainsi, les situations politiques intérieures des Etats sont certes le fait d’une économie désormais mondialisée pour le meilleur comme pour le pire, mais elles sont également le fruit d’une histoire, d’une culture, de personnalités et de rapports de force bien spécifiques.

Comparaison n’est pas raison donc. Mais comment résister à comparer notre situation hexagonale avec celle de ce pays frère en démocratie que sont les Etats-Unis d’Amérique tant elles semblent à la fois semblables et divergentes ces jours-ci.

Dans les deux pays, nous avons des présidents jeunes, récemment entrés en fonction : il y a un peu plus d’un an désormais pour Barack Obama, deux ans et demi pour Nicolas Sarkozy. Tous deux sont arrivés au pouvoir dans un contexte de doute national, porteurs d’une promesse de changer la façon de faire de la politique. Tous deux traversent une période de désamour avec leur électorat. Les similitudes s’arrêtent là.

Le président Sarkozy, depuis son élection n’a eu de cesse de rudoyer ce vieux pays qu’au fond, il n’aime pas trop, d’en exacerber les tensions. Il l’a rudoyé par son style, tape-à-l’œil, quand les français attendaient un président qui prenant la mesure de leur désarroi face à une situation économique en dégradation accélérée, montre l’exemple de sacrifices douloureux mais parfois nécessaires. Surtout, il l’a rudoyé par son maniement des institutions et par sa politique menée. Tout, dans sa conduite, trahit le narcissisme obsessionnel. Il n’est pas président, il est le gouvernement en entier à lui tout seul. Il décide de tout et fait tout, tout seul. De la publicité sur la télévision publique aux négociations internationales sur le climat en passant par la fiscalité. Quelque chose lui résiste ? Il le détruira ou l’asservira. Ainsi, les collectivités territoriales, qui avaient le malheur d’être de gauche et d’offrir aux français un bouclier contre la casse sociale gouvernementale, doivent impérativement être punies, on leur enlève leur autonomie financière et fiscale. Autant retirer ses griffes à une panthère.

A gauche elles sont, à gauche elles resteront, ont décidé les français, en reconduisant les exécutifs régionaux dans vingt régions et en installant la gauche au pouvoir en Corse. Qu’à cela ne tienne. Le président Sarkozy a tout prévu. Si les troupes de la majorité présidentielle ne peuvent gagner les élections, ne changeons pas de politique, changeons les élections. C’est donc un conseiller territorial qu’il veut mettre en place, sorte de mutant, mi-départemental, mi-régional mais entièrement inefficace. Celui-ci serait élu au premier tour de scrutin, dans certains cas sur un scrutin uninominal, dans d’autres par liste, en vertu d’un système qu’on pourrait croire sorti de l’imagination de George Orwell. La manœuvre n’a qu’un seul but, récupérer des présidences d’exécutifs locaux que la droite s’est montrée trop médiocre pour emporter en convainquant les électeurs de la validité de leur programme et par-delà empêcher toute forme de résistance au digne héritier des hommes-orchestres, l’homme-gouvernement.

Autres cieux, autre style. Barack Obama avait basé sa campagne sur la promesse d’un gouvernement plus rassembleur que celui de son prédécesseur. Il s’est efforcé de réconcilier une Union qui paraissait irrémédiablement divisée entre ses côtes (les « Etats bleus » démocrates), plus cosmopolites, et ses immenses étendues continentales, plus conservatrices (les « Etats rouges » républicains).

Pour ce faire, il a choisi le sujet le sujet le plus ardu, parce que technique ; le plus inattendu, dans un pays qui mène actuellement deux guerres ; le plus difficile, parce que Bill Clinton s’y était déjà cassé les dents avant lui, en 1993. Il a choisi de garantir à tous ses concitoyens le bénéfice d’une couverture santé.

On pourrait s’étonner qu’un grand pays développé comme les Etats-Unis n’ait pas déjà accordé ce bénéfice à l’ensemble de ses résidents. En réalité, le premier homme politique à émettre l’idée d’une couverture santé est l’incontournable géant de l’histoire politique étasunienne du XXe siècle, Franklin Delano Roosevelt. Les premiers jalons qu’il pose alors seront complétés par les systèmes Medicare (pour les plus âgés) et Medicaid (pour les plus modestes) mis en place par Lyndon Johnson. Las, les années Reagan éroderont sérieusement ces ouvrages. Depuis, les Etats-Unis consacraient à la santé une plus grande part de leur produit intérieur brut que n’importe quel autre pays développé, pourtant, les moyennes nationales sur l’état de santé de la population les plaçaient régulièrement bons derniers. Près de 40 millions de personnes étaient trop pauvres pour se payer une assurance-santé mais pas assez pour bénéficier des programmes publics, se retrouvant dans un no man’s land où il ne vaut mieux pas tomber malade. Bill Clinton avait fait de la santé la priorité de son premier mandat. Souhaitant aller vite, il avait chargé sa femme de préparer dans le secret une réforme du système à présenter au Congrès trois mois après son arrivée au pouvoir. Au final, l’équipe fut la cible de nombreuses tentatives de déstabilisation et ne put rendre sa copie à temps. Au Congrès, les parlementaires républicains y virent l’occasion de tuer la présidence Clinton dans l’œuf et menèrent une opposition acharnée, qui vint à bout de la réforme. Les républicains remportèrent les élections intermédiaires de 1994 et Bill Clinton, sans majorité au Congrès, ne put plus jamais avoir une présidence efficace.

Barack Obama ne pouvait donc pas ignorer qu’il s’exposerait à une opposition républicaine sans merci. Il a fait montre d’un courage politique exemplaire et a choisi de présenter une réforme du système de santé qui, en cas d’échec, aurait pu lui être fatale, parce qu’il savait que son pays n’avait déjà que trop attendu et que cette réforme était nécessaire. Après un an de préparation, de procédure, de discussions, de négociations, il est parvenu à son but. La semaine dernière, sa réforme a été adoptée, garantissant à chacun une couverture santé.

Ce succès est une double source d’inspiration pour les sociaux-démocrates de l’autre coté de l’Atlantique. Premièrement, il ne faut pas abandonner le vocabulaire à la droite. « Réforme » n’est pas synonyme de « régression sociale ». De belles et grandes réformes, dans la lignée de ce que furent les 35 heures et la couverture maladie universelle, sont encore à faire. Deuxièmement, patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. Il a fallu une année à Barack Obama pour faire passer sa réforme. Il a sans doute connu des moments de découragement mais il n’a jamais abandonné. Nous connaitrons sans doute des moments de découragements, mais jamais nous ne devons abandonner. Les 14 et 21 mars derniers, les français nous ont donné mandat pour les défendre. Il nous faudra donc faire preuve d’imagination et de combattivité, particulièrement dans le débat sur la réforme des retraites qui s’ouvre et dont le président Sarkozy a déjà annoncé qu’il serait clos avant six mois. Des similitudes limitées, disais-je.

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