Docteur Folles Retraites ou comment le président appris à ne plus s’en faire et à laisser les pauvres payer pour les riches

Le gouvernement vient de rendre public son projet de réforme du système des retraites. Cette fois-ci, nous jure-t-il, c’est la mère de toutes les batailles. Après cette réforme le système serait donc sauvé et il ne sera plus besoin d’y revenir.

Faisons un moment abstraction du fait que cette promesse ait déjà été formulée par deux fois, en 1994, sous le gouvernement Balladur dont le porte-parole était Nicolas Sarkozy et en 2004, sous le gouvernement Raffarin dont le ministre des Affaires sociales était François Fillon.

Concrètement que nous propose-t-on ? Le recul de l’âge légal de départ en retraite à 62 ans et l’allongement de la durée de cotisation de 4 mois par an jusque 2018. Le gouvernement nous dit qu’il s’agit là d’un projet « responsable, raisonnable et juste ».

Est-ce juste ? Pour un ouvrier ou une employée qui a commencé à travailler dans la fin de son adolescence et qui se retrouve à l’approche de la soixantaine usé(e) et parfois brisé(e) par le travail, c’est impossible à accepter.

La pénibilité sera mieux prise en compte grâce à un examen médical, nous dit-on. Fort bien, mais pour cela il faudrait encore que la médecine du travail conserve ses effectifs et on n’en prend pas le chemin. Pire, certaines maladies ne se déclarent que tardivement mais elles n’en sont que plus fatales. En Nord-Pas de Calais nous avons l’expérience douloureuse des ravages des cancers, de la silicose, de l’asbestose.

Plus généralement, les ouvriers ont sept ans d’espérance de vie de moins que les cadres. Ils ont commencé leur carrière plus tôt, est-il juste de leur demander de reporter leur départ en retraite ? Je ne le crois pas. Ce n’est d’ailleurs pas l’extension, très limitée, du dispositif spécifique aux carrières longues qui endiguera cette iniquité.

Est-ce responsable ? Le déficit des comptes sociaux est une réalité. Je ne nierais pas qu’il manque trente milliards d’euros à la sécurité sociale. Le gouvernement réduit les dépenses en procédant à des coupes sauvages dans les remboursements, il augmente aussi les recettes en allongeant la durée de cotisation des travailleurs.  Il a raison d’agir sur les deux côtés du tableau, il a tort sur tout le reste.

Plutôt que de suivre les recommandations de l’industrie pharmaceutique dans ses déremboursement et de céder régulièrement aux médecins en augmentant le tarif de la consultation, il ferait mieux de revenir sur l’énorme cadeau aux riches du bouclier fiscal et des exonérations de charges sur les heures supplémentaires et d’être plus strict sur la limitation des prescriptions.

Plutôt que d’allonger la durée de cotisation, il ferait mieux de se préoccuper du taux de chômage. Partout en Europe, les gouvernements conservateurs font avaler à leur population l’amer brouet de l’austérité. Ce faisant, ils entravent la timide reprise de croissance. Après avoir nationalisé 300 milliards d’euros de dettes privées, et donc en substance fait payer à la collectivité les dérapages qu’ils avaient non seulement autorisés mais encouragés, ils demandent au peuple de se serrer la ceinture. Il y aura 25 millions de chômeurs en Europe d’ici la fin de l’année. Ceux-là ne cotiseront pas. Plutôt que de garder sur le marché du travail des personnes qui ne demandent qu’à partir, pourquoi ne fait-on rien pour faciliter l’entrée des jeunes qui se trouvent de plus en plus souvent en grande détresse sociale faute d’accès à ce même marché du travail ? Je n’appelle pas cela une politique de responsabilité.

Est-ce raisonnable ? La situation difficile des finances sociales est en grande partie due à un tarissement des ressources. Plus de chômeurs, c’est autant de cotisants en moins. La crise passée, on peut espérer une amélioration des comptes sociaux.

Pourtant, le gouvernement veut nous faire croire à l’urgence d’une réforme durcissant les conditions de départ en retraite. Cette réforme, il veut l’avoir fait passer d’ici octobre. C’est l’urgence nécessaire pour rassurer les marchés financiers, nous dit-on. Balivernes, ce que le gouvernement redoute par-dessus tout, c’est que nos concitoyens se saisissent de la question  et qu’il y ait un débat de fond. La contestation ne tarderait alors pas à grimper et le gouvernement devrait reculer.

En passant en force et en expédiant la question à la hussarde à la rentrée, le président espère rassembler son camp et entamer sa course à la réélection. C’est faire passer l’intérêt d’une personne avant celui du pays et c’est tout sauf raisonnable.

Le parti socialiste a fait des propositions claires et concrètes pour assurer le maintien du niveau des retraites, pour faire participer tous les revenus, ceux du travail et ceux du capital à la préservation du système par répartition et garantir le droit au départ en retraite dès soixante ans.

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Une réponse à “Docteur Folles Retraites ou comment le président appris à ne plus s’en faire et à laisser les pauvres payer pour les riches

  1. Vous pose très bien le problème, merci.

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