Loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure : désolante diversion

Même s’il ne m’appartient pas de juger sur des faits dont je n’ai pas pleine connaissance et qu’en tout état de cause, la présomption d’innocence demeure, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que le gouvernement était au début de l’été mis à mal par la succession de révélation sur l’affaire Betancourt – Woerth. Il était aussi mis à mal par les indicateurs économiques qui indiquaient tous que la France, faute d’avoir su prendre les mesures pour arrêter l’hémorragie de ressources fiscales dont elle est victime depuis 2002 –  date à laquelle la droite à pris le pouvoir – pâtissait d’une croissance mollassonne, quand l’Allemagne, pour ne citer qu’elle, prenait le chemin de la convalescence économique.

Que firent alors nos gouvernants ? Ils utilisèrent la même méthode, celle qui fonctionne depuis huit ans : à chaque élection, à chaque fois qu’elle se sent en difficulté la droite réactive le sujet de l’insécurité.

Quels ont été ses résultats ? La police de proximité, prestement démantelée par le ministre de l’intérieur de l’époque, n’a été remplacée par aucune force de l’ordre travaillant en contact permanent avec les populations qu’elle est sensée protégée. La gendarmerie, rapprochée de la police et placée sous la tutelle du même ministère, voit sa spécificité peu à peu disparaître. Les libertés individuelles sont restreintes, certes pas au point de remettre en cause la nature du régime mais les bases des principes républicains se voient insidieusement sapées à coups de fichage, de politique du chiffre plutôt que de la qualité du service public de la sûreté.

Au bout de huit années de ce régime, on aurait été en droit d’attendre l’insécurité non seulement résorbée, mais anéantie. Pourtant, le sujet peut être ressorti à chaque épreuve de la majorité.

A la vérité, le président de la République n’aime pas le lien social. Il appartient à un mouvement qui sabre systématiquement les subventions aux associations. Il ne veut pas que les fonctionnaires, qu’ils soient de police ou membres d’un autre corps d’Etat, passent du temps à connaître les administrés avec lesquels ils vivent. Il ne veut pas apaiser les tensions, il préfère les exacerber. Il préfère une société morcelée. Il y est plus facile d’y désigner un groupe à la vindicte populaire pour faire diversion face à ses propres failles et ses propres échecs.

Ce fut le sort des migrants hier, c’est le sort des Roms aujourd’hui. Qu’importe si, en se conduisant de la sorte, nos gouvernants rompent avec la tradition des droits de l’homme dans laquelle baigne notre pays. Qu’importe si hier il fallait renvoyer des hommes dans des zones de guerre où leur vie serait menacée. Qu’importe si les roms sont renvoyés dans un pays qui pratique encore une ségrégation de fait contre cette population.

Qu’importe si une telle agression contre toute une communauté ethnique n’avait plus été prononcée par un dirigeant républicain depuis plus de soixante ans. Au moins, la violence d’un tel discours fut l’électrochoc qui nous réveilla.

Soudain, on se rendit compte que les villes à direction socialiste n’étaient pas à feu et à sang. Peut-être ces « laxistes » savent-ils, eux aussi, se comporter d’une manière responsable ? Peut-être les accusations répétées « d’angélisme » sont-elle non seulement infondées mais carrément grotesques quand elles viennent d’une équipe dont la faillite est désormais non seulement un échec sur les résultats mais aussi une fragilité morale.

Après un été où le gouvernement a montré qu’il ne reculerait devant rien, vraiment rien, pour s’assurer le contrôle de l’agenda médiatique, celui-ci est confronté à un autre type d’agenda, qui lui pose problème depuis son entrée en fonction : l’agenda parlementaire.

Il devra, au Sénat, défendre son projet de loi sur la sécurité. Il devra démontrer sa validité devant une assemblée où des membres sur tous les bancs ont déjà su par le passé faire preuve d’indépendance quand leurs principes étaient mis à mal. Ces hommes et ces femmes savent qu’ils seront comptables de leur vote devant le peuple. Ils sauront, j’espère, refuser l’inacceptable émiettement de notre société.

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