Réforme du lycée : le gouvernement montre le peu de cas qu’il fait du travail des collectivités

J’en viens à me demander si le gouvernement ne voit pas chaque aspect de sa politique comme une invitation à défier les acteurs de la société. Sa réforme du lycée en est encore une illustration puisqu’il a réussi l’exploit d’unifier associations de parents d’élèves, syndicats d’enseignants et de lycéens. Contre lui.

Qu’en est-il exactement ? Cette réforme retirée par Xavier Darcos sous la pression de la communauté enseignante et pédagogue a été réintroduite par son successeur M. Chatel. Ce dernier a réussi le tour de force de faire passer l’affaiblissement de la filière scientifique pour un renforcement des filières littéraire et économique et sociale.

Les élèves qui appartiennent à celle-ci voient leur programme considérablement allégé dans les matières qui ne relèvent pas des sciences pures. Comme si ce qu’on avait coutume d’appeler les humanités ne devait pas s’adresser à chacun des futurs citoyens. Comme si étudier l’histoire, la géographie, la philosophie était inutile aux scientifiques.

Une vraie réflexion sur l’éducation, d’ailleurs, poserait clairement le problème de la sélection de nos futures élites économiques sur le seul critère des mathématiques. La crise économique est l’œuvre de ces petits prodiges qui se lancent dans la finance. Si les grandes entreprises appliquaient une politique de recrutement plus diverse que la chasse aux élèves des grandes écoles, les autres filières jouiraient d’une plus grande reconnaissance.

Les deux autres filières, justement, seraient revalorisées. On observera peut-être en effet un regain d’inscription temporaire dans ces filières si la concentration sur les sciences pures de la filière scientifique parvient à décourager quelques élèves. Pour autant, est-ce une revalorisation ? Met-on réellement plus de moyens à la disposition des élèves pour leur permettre d’étudier les langues vivantes ? Va-t-on ouvrir aux concours plus de postes de professeurs d’histoire-géographie et de sciences économiques et sociales ?

Vous l’aurez compris, il s’agit que d’une réforme en trompe-l’œil, destinée à « habiller » les suppressions de postes d’enseignants qui, cette rentrée encore, seront massives : 16 000 postes supprimés sur tout le territoire.

Malheureusement pour le gouvernement, le diable se cache toujours dans les détails. Alors que le ministre avait réussi à faire avaler cette pilule amère, il avait simplement oublié l’équation suivante : « nouveaux programmes = nouveaux manuels ».

Il fallut en catastrophe faire éditer un assortiment de nouveaux manuels scolaires pour les classes de seconde. A ce jour, des classes entières sont encore sans manuels pour suivre leurs cours.

Le gouvernement, tout à son irrépressible envie de faire vite – probablement de peur qu’on ne s’aperçoive de la supercherie – n’a même pas pris la peine de consulter les conseils régionaux. Ces derniers sont pourtant responsables des infrastructures des lycées et financent l’achat des manuels scolaires. Ainsi la région Nord-Pas de Calais fournit à chaque lycéen un chèque-livre de 70€ et de 135€ pour les boursiers. C’est un montant qui leur permet de faire face aux dépenses de rentrée.

Cependant, cette année, les lycéens de seconde ne doivent pas acheter un ou deux manuels neufs tout en pouvant se procurer le reste dans une bourse aux livres. Ils doivent acheter tous leurs manuels neufs. La subvention du conseil régional devient clairement insuffisante.

Celui-ci est malheureusement dans l’incapacité d’accompagner l’effort supplémentaire demandé aux familles par le gouvernement car il doit affronter un contexte budgétaire particulièrement difficile. Le gouvernement a drastiquement réduit ses recettes en supprimant la taxe professionnelle. Par ailleurs, les quelques indicateurs qui décident de l’éligibilité à la péréquation-cette indispensable solidarité entre les territoires – nous sont devenus cette année défavorables. Pourtant en 2009, la crise a emporté 0,9% des emplois et notre taux de chômage se situe à 13% quand la moyenne nationale n’est que de 9,5%. Serions-nous devenus riches en une nuit, sans nous en apercevoir ?

Pire, les familles des lycéens entrant en seconde cette année devront l’année prochaine fournir le même effort exceptionnel, puisque ce sera alors le tour des lycéens de 1ère de voir leurs manuels intégralement renouvelés.

Quant aux associations de parents d’élèves qui assuraient le fonctionnement des bourses aux livres pour un coût minimal. Elles perdent la ressource qui leur permettait de financer leurs activités sans ponctionner ni leurs adhérents, ni les élèves.

Bref, le gouvernement avait réussi l’un des plus magnifiques tours de passe-passe de l’histoire de l’Education nationale, au détriment des élèves. Il n’a été trahi que par sa fébrilité et ses méthodes autoritaires et méprisantes pour les collectivités et pour les représentants de la communauté éducative.

J’ajoute enfin deux éléments : une récente étude de l’OCDE montre que le taux de chômage des 15-29 ans ayant un faible niveau de formation (inférieur au baccalauréat) a progressé de 4,8 % dans les pays de l’OCDE, contre 1,7 % pour les diplômés de l’enseignement supérieur. Nous devrions tous nous mobiliser, quelles que soient les clivages partisans, pour gagner la bataille de l’intelligence et faire reculer le nombre d’élèves qui sortent du système sans diplôme : 140 000 chaque année. La même étude montre que l’éducation n’est pas un coût mais bien un investissement. Un investissement rentable, qui plus est, puisque un diplômé de l’enseignement supérieur « apportera en moyenne tout au long de sa vie 93 000 euros de ressources fiscales de plus qu’un individu qui n’a qu’un niveau d’enseignement secondaire ». Toujours selon l’OCDE, une fois déduites les dépenses nécessaires à sa formation, il reste 66 000 euros, « soit près de trois fois le volume de l’investissement public consenti par étudiant de l’enseignement tertiaire ».

Le gouvernement choisit d’affaiblir, de diviser et de se méfier de notre jeunesse, qui est pourtant notre avenir. Demain, le parti socialiste devra réconcilier une société dont le gouvernement voudrait opposer les membres les uns contre les autres. Pour ce faire, si les français nous font confiance, nous réunirons tous les acteurs de la politique éducative pour appliquer ensemble une politique juste et égalitaire.

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