Quand les conservateurs tiennent les ciseaux, la culture trinque

Nous sommes en période de crise économique mondiale, c’est entendu. Il faut être soucieux de la bonne utilisation des deniers publics, c’est entendu. Les conservateurs ont gagné les dernières élections, en Allemagne, en France, au Royaume-Uni, c’est entendu.

Il appartient donc aux conservateurs de gouverner en Europe. Personne ne conteste leur légitimité démocratique. Je me pose toutefois une question : la crise étant sensée avoir remis en question les fondamentaux économiques sur lesquels se basaient leur doctrine ; comment se fait-il que, passée une réponse initiale de relance économique qui ne leur ressemblait guère, ils soient aussi vite revenus à une politique classique d’austérité ?

Les prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et Paul Krugman, reconnus parmi les meilleurs analystes du phénomène auquel nous assistons, nous expliquent à longueur de tribunes que la dépense publique – utilisée intelligemment pour investir dans la construction d’infrastructures nécessaires à l’adaptation au changement climatique et la composition d’économies de l’intelligence, axées autour de la recherche et de l’innovation – nous permettra d’éviter une dépression globale qui se traduirait par des années de croissance molle et de chômage élevé.

Les gouvernements choisissent de ne pas en tenir compte. C’est après tout leur programme de privilégier la baisse de la fiscalité des plus aisés, espérant que ces derniers investissent en France l’argent économisé plutôt qu’ils ne l’épargnent et de réduire la dépense publique pour compenser le manque à gagner. Ce serait sensé « rassurer les marchés » de privilégier cette politique sur celle d’une fiscalité saine et d’une dépense publique robuste.

Reste une question : pourquoi, au moment de choisir dans quel domaine réduire la dépense publique, les conservateurs choisissent-ils invariablement les mêmes variables d’ajustement ? Pourquoi la culture doit-elle toujours faire les frais des plans d’économie. Voilà une règle immuable et internationale de la droite.

Au Royaume-Uni, le gouvernement Tory a décidé de supprimer les subventions nécessaires au maintien de pas moins de 400 bibliothèques publiques.

En France, on pratique la politique de l’arbre qui cache la forêt. Les grandes expositions, telles celles consacrées à Basquiat ou à Monet, permettent d’afficher des chiffres de fréquentation des musées en hausse en 2010. Pourtant, c’est la fracture entre grands et petits musées que constate et dénonce l’Association des conservateurs publics de France dans son livre Blanc. Les musées de province se meurent, ils sont hémiplégiques : 60% des établissements n’emploient pas plus de quatre agents ; 73% reçoivent moins de 300 000 visiteurs par an ; les musées territoriaux ne reçoivent que 10% des 400 Millions d’euros de subventions que le ministère de la Culture répartit annuellement.

A tel point que le ministre se sente obligé de mettre en place un plan spécifique pour les musées en région doté de la très symbolique – au regard de la tâche – enveloppe de 70 millions d’euros.

Qu’importe, si l’Etat se défausse ; les collectivités, elles, savent que tous ont droit à un accès à la culture. Tous ont droit à la beauté. Elles prennent courageusement la compétence culture, une compétence, que le gouvernement n’avait même pas pris le soin d’attribuer à quelqu’un. Ce n’est pas le bien de personne, c’est le bien de tous.

Le Conseil régional Nord-Pas de Calais a compris cela et travaille chaque jour à ce que la culture, sous toutes ses formes, soit présente sur le territoire régional : à Béthune, capitale régionale de la Culture cette année, à Lens dès l’année prochaine avec l’ouverture du Louvre, mais aussi à Lille, à Boulogne-sur-Mer, à Villeneuve d’Ascq, à Arras, à Roubaix, au Cateau-Cambrésis, sur la Côte d’Opale, à Dunkerque, à Aulnoye-Aymeries et à Tourcoing.

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